Origine et histoire du Centre de sculpture romane
Le Maître de Cabestany désigne un sculpteur anonyme de la seconde moitié du XIIe siècle, identifié par les historiens de l’art dans les années 1930. Son nom provient du tympan roman découvert à Cabestany lors de travaux dans l’église paroissiale. Ce tympan, classé Monument historique, a révélé un style unique, conduisant à l’attribution de 121 œuvres à travers l’Europe, notamment dans les Pyrénées-Orientales, l’Aude, la Catalogne, la Navarre et la Toscane. Ses sculptures se distinguent par des visages triangulaires, des yeux en amande et des détails minutieux, marquant profondément l’art religieux médiéval.
La découverte du tympan a incité les érudits à étudier et comparer d’autres œuvres médiévales, révélant un atelier prolifique. Les recherches ont montré que le Maître de Cabestany et son équipe ont travaillé sur des chapiteaux, sarcophages et modillons, aujourd’hui dispersés dans des églises et musées. Son influence s’étend de la France méridionale à l’Italie, en passant par l’Espagne, attestant d’une renommée internationale. Plus de 200 études, dont un ouvrage publié par les Éditions Zodiaque en 2000, témoignent de l’importance de son héritage artistique.
Dans les années 1990, la municipalité de Cabestany a valorisé cet héritage en créant un centre dédié à la sculpture romane. Sur les conseils d’experts, plus de 60 moulages des œuvres majeures du Maître ont été réalisés, reproduisant fidèlement les originaux grâce à une technique approuvée par les Monuments historiques. Ces répliques, exposées dans une ancienne cave viticole transformée en espace muséal, pédagogique et de recherche, permettent au public de découvrir son art. Le centre propose une immersion dans le contexte historique et artistique du XIIe siècle, mettant en lumière les techniques et thèmes chers au sculpteur.
Les œuvres attribuées au Maître de Cabestany incluent des éléments architecturaux comme le tympan de Cabestany, les chapiteaux de Sant Pere de Rodes en Catalogne, ou encore des sculptures de l’abbaye de Saint-Hilaire dans l’Aude. Certaines pièces, comme un tympan aujourd’hui au Metropolitan Museum of Art à New York, illustrent la portée géographique de son travail. Son style, caractérisé par des figures aux traits anguleux et des drapés plissés, reste un témoignage exceptionnel de l’art roman méridional, étudié pour son originalité et sa maîtrise technique.
Le centre de sculpture romane de Cabestany, inauguré en 2004, s’articule autour de trois axes : muséal, pédagogique et scientifique. Les visiteurs y explorent les moulages des œuvres, classés par thèmes (anges, animaux, personnages), ainsi que des reconstitutions de chantiers médiévaux. Des espaces dédiés à l’histoire de l’art et à la théologie complètent la visite, offrant une compréhension globale de l’environnement culturel et religieux du XIIe siècle. Ce projet, soutenu par un comité scientifique international, a permis de préserver et diffuser la mémoire d’un artiste majeur, dont l’anonymat contraste avec l’ampleur de son influence.